AS'PYR

Bolivie

 

 

 

 

Avec Jules, Xav1, Fred1

Dans les cartons depuis un moment et après moult concertations, nous voilà enfin partis... pour la Bolivie.

 

Le ton est donné dessuite, d'abord à l'approche de l'aéroport de Lapaz, où l'avion nous donne droit à un aperçu de ce qui nous attend, ça a l'air haut, plein de glace, bref ça promet... Ensuite à l'aéroport lui même à 4000m ainsi qu'au centre de La paz à 3800m, nous sentons très rapidement les effets de l'altitude. De plus c'est la fête nationale, Lapaz est barrée partout. Notre chauffeur nous laisse alors au plus prés de notre hôtel qui est inaccessible en voiture. Nous finirons donc à pied avec notre gros sac de 25kg, idéal pour s'apercevoir que le souffle est bien court, que dire quand il a fallu gravir 3 étages à l'hôtel...

 






La soirée est bien animée et colorée, nous sommes au premières loges depuis la chambre de notre hôtel, qui ressemble d'ailleurs plus à un repère de fêtards occidentaux, pour observer le défilé des différentes bandas. Au début c'est marrant et nous en profitons mais ensuite pour trouver un sommeil réparateur après 15h de vol et un certain nombre de décalage, c'est beaucoup moins bien...

 

Le lendemain c'est dimanche et après un samedi de fêtes c'est très calme, notamment dans le quartier des agences de trek où tout le monde est quasiment fermé, sauf un! « Adolfo Andino » pour ne pas le nommer. Au début ça se passe très bien et nous parvenons très rapidement à fixer un programme et tarif. Seulement de retour après avoir retiré, le tarif a changé et nous voilà taxé de 700 bolivianos supplémentaires, il avait oublié un âne pour porter la bouteille de gaz. Ne sachant pas vraiment nous acceptons, ce n'est que plus tard que nous comprendrons...

 

Rendez-vous est donc pris pour le 18 à Palcoco, patelin du bout du monde, pour un trek de 3 jours et 3 supplémentaires au camp de base du Condoriri. Mais d'abord nous partons comme prévu pour 2 jours « muy tranquilo » sur les rives du lac Titicaca afin de s'acclimater en douceur. Nous débarquons à Copacabana, haut lieu de pélerinage mais aussi un autre repère de gringos fêtard, le St Tropez local... C'est sympa mais on est quand même venu voir les boliviens. Nous décidons donc de partir pour la « Isla del sol » histoire de se dégourdir les jambes. Au port au vu des nombreux bateaux promène touristes, nous sommes confiants pour se rendre sur l'île. Direction le premier bistrot qui en plus nous propose son toit terrasse qui nous permet de jouir d'une superbe vue sur le port et la plage mais aussi sur la billetterie. Billetterie qui indique clairement que le dernier départ pour l'île du soleil est à 13h30. Ça tombe bien il est 13h30 la bière vient d'être servie, c'est donc bien les derniers bateaux que nous voyons partir... Heureusement on est en Amérique du sud où tout est possible et suite à une lourde négociation plus des bolivianos, nous obtenons gain de cause.

 

Changement d'ambiance sur l'île, pas de route ni de voiture, électricité, internet mais pas d'eau courante. C'est très calme malgré la noria de bateaux remplis de touristes, nous sommes bien seuls sur ce chemin de crête permettant de relier le sud au nord de l'île (c'est comme en Corse), à croire que le touriste lambda n'a pas plus d'un quart d'heure d'autonomie. Tant mieux pour nous, nous profitons pleinement de ce havre de paix où bien souvent nous nous croyons sur une île grecque quelque part au milieu de la Méditerranée. Fin de la première partie, tout va bien les voyants sont au vert, l'aventure peut commencer...

 

Nous voici donc à Palcoco, charmante bourgade où parait-il chaque année a lieu le rassemblement des muletiers, pour l'heure il n'y a rien, d'ailleurs il n'y a pas non plus notre logistique. Pas de panique deux petites heures d'attente plus tard, nous voilà confortablement installés voire coincés sur la banquette arrière de notre taxi un peu 4x4. En effet la suite du trajet est une piste qui tranquillement nous mène en montagne. Le premier campement se fera prés d'un lac aux alentours de 4400m d'altitude. 

 

Conformément au programme le lendemain, nous plions les tentes en attendant le muletier prévu en milieu de matinée. Il fait beau, c'est beau, aussi à l'heure prévue l'absence du muletier ne nous a pas particulièrement inquiétés, la veille on avait bien poireauté deux heures, ça doit être la règle.D'ailleurs notre cuisinier guide part à la rencontre des mules. Ce n'est qu'à son retour une demi heure plus tard que la panique nous a gagné :

Santos (le cuisinier) : « Amigos, hay un problema! »

Nous : « Ah! bon... »

Santos : « No hay mulas!! »

Nous : « Hein! Comment ça pas de mulas!!!!! »

Un bilan s'impose, nous sommes trois couillons au milieu de nulle part avec des gros sacs plus le matériel de cuisine, le taxi s'est barré la veille, bref ça s'annonce compliqué... Mais notre cuisinier guide a de la ressource, il repère de suite au loin un paysan local venu chercher ses lamas. Celui-ci possède également des mules et il nous explique qu'il a l'habitude de travailler avec Adolfo mais qu'il n'a pas reçu d'ordre de sa part, le doute s'installe quant à la prestation...

Nous parlementons et concluons un accord, cinq mules pour demain matin.C'est sans trop de mal puisque Santos nous explique que le trek de trois jours peut passer en deux. Séance remontage de tentes là où on les avait démontées puis balade dans le secteur jusque 4900m. L'altitude se fait bien sentir et le soir tout le monde aura droit à son petit cachet, même le cuisinier qui a un vilain abcès qui lui déforme le visage de douleur. C'est Xav en bon docteur qui le soignera.

Quel bonheur le lendemain de voir ces braves bêtes, c'est le cœur léger que nous partons pour notre prochain camp. Au programme le passage d'un col à environ 4800 m, ça serre la tête mais ça redescend rapidement puis on remonte jusqu'à l'endroit de campement prévu initialement vers 4600m. Si on veut rattraper notre jour perdu il faut continuer. Santos nous explique qu'il faut franchir un col supplémentaire vers 5000m et le camp d'après est à 4800m. Au début à en croire Santos il fallait 2 heures puis au fil de la discussion c'est plutôt 3... Il est déjà 14h, les mules sont loin derrière, Xav souffre, la nuit arrive vers 18h, décision est prise d'en rester là, le jour de repos prévu au camp de base du Condoriri est sacrifié. De plus l'endroit est superbe, le lac est squatté par des canards sauvages (à confirmer par notre spécialiste de la faune et de la flore) au couinement proche de celui d'un singe, dépaysement garanti...

 

L'étape suivante est proche de la précédente en terme d'effort mais nous avons droit à un paysage beaucoup plus minéral voir lunaire avant le final, le campement au bord d'un lac dans la ligne de mire du Condoriri. Les choses se précisent. Xav semble ne pas récupérer et a toujours mal à la tête. Le doute s'installe, le prochain col est à plus de 5000, il est même question de faire un sommet non enneigé à 5300m. Xav décide de nous accompagner le lendemain quitte à ne pas être état de tenter le Condoriri.

 

Au petit matin le changement est brutal. L'invitée surprise de cette nuit a fait son oeuvre. C'est tout blanc!!! Heureusement la couche de neige est fine et la progression n'est pas gênée. Tranquillement mais surement le sommet à 5300m est atteint, Xav n'est pas bien, il n'a pas d'appétit et la descente est pour lui un long calvaire, parfois j'ai l'impression que ses bâtons marchent à sa place... Jules et moi commençons à nous inquiéter vraiment et à imaginer un repli immédiat à Lapaz. Au camp le soir, Xav nous certifie que ça ira pour lui mais ne nous accompagnera pas au Condoriri.

 

Reveil à minuit donc pour Jules et moi. Nous reprenons pas réveillés du tout la descente de la veille jusqu'au col à 5000m afin de prendre pied sur le glacier du Condoriri moyennant une traversée foireuse sur éboulis. Toujours la tête dans le … , c'est Jules qui prend la direction des opérations une fois sur le glacier, d'autant plus que ma frontale n'éclaire pas plus loin que mes pieds. Vers 5200 débouchant de nulle part nous voyons alors déboucher d'un col à droite 4 frontales à 100m juste devant. Au moins la trace ne sera plus à faire. Petite pause et je repasse devant essayant de maintenir le petit rythme qui va bien. Nous ne rattrapons pas du tout nos prédécesseurs, ainsi lorsque nous arrivons au pied des difficultés ceux-ci sont déjà sur l'arête finale. A première vue ça n'a pas l'air méchant, nous nous allégeons, laissons un brin de corde, Jules laisse son sac, nous prenons un seul pieu à neige au cas où...

La suite consiste à remonter un couloir qui très vite prendra des allures de goulotte, puis c'est l'arête. Je pars devant, la pente se redresse très vite et je viens buter sous un ressaut en glace, je fais un relais. Jules tire une longueur. Au relais sur l'arête je repasse devant, ça s'annonce beaucoup moins débonnaire que vu d'en bas. Je tire une longueur complète et plante le pieu à neige qui est dure sur 20cm et pulvérulante en dessous, pas super rassurant. Je poursuis corde tendue, Julien à l'autre bout. Oui mais voilà une fois Julien au niveau du pieu à neige, que reste t-il pour nous assurer... Je me pose sur une petite plate forme de l'autre côté de l'arête, au moins si l'un des deux tombe on sera déjà de part et d'autre. A ce moment précis j'ai une pensée émue pour les 2 pieux restés au pied de la voie.

Frustration, les difficultés techniques sont passées, ici c'est juste exposé. Je fais savoir à Jules que dans ces conditions, ça m'excite moins voire pas du tout. Julien semble en phase, nous jetons un dernier coup d'œil au sommet 50m plus loin qui nous tend les bras et attaquons la descente prudemment.

La fatigue commence à se faire sentir, l'itinéraire pris de nuit par les autres alpinistes s'impose. Plus court en effet mais sur des éboulis infâmes. Le camp de base est rejoint vers 13h, pile l'heure du déjeuner, Xav nous attendait impatiemment et Santos nous faisait des beignets bien gras, ce qu'il fallait parfait...

Fred 1