AS'PYR

MUSTAGH ATA



Participants : Gilles, Alain, Bruce, Patrick, Fernand et Vincent.
 




Arrivée Islamabad le matin, on enquille aussitôt la KKH (Karakoram Highway, la route qui relie la Pakistan à la Chine, 1400 km à travers le Karakoram, prolongement de l’himalaya au Pakistan). C’est une petite route "pittoresque", ce qui impressionne c’est le travail qu’il a fallu pour tracer tous ces km à flanc de falaise (la moitié du parcours est ainsi) et l’indus coule en bas, énorme torrent d’eau boueuse et tourbillonante de 100 m de large....
Passage de la frontière, douane chinoise qui nous pique notre viande sèchée (juste 6 kg de jambon et autres saussisons.... Fernand en pleure encore). Au col, changement de décor très sensible : après avoir remonté pendant 2 jours quasiment à flan de falaise au Pakistan, ça fait du bien de sortir un peu à l’air libre sur les hauts plateaux chinois (disons des vallées nettement plus accueillantes avec vastes paturâges + yourtes + motos aux chromes rutillants garées devant) Le mustagh Ata est vraiment une belle montagne de loin, une grosse bosse blanche entaillée de ravins qui se détache sur ces plateaux. On profite de cette vue de l’extérieur avant de se retrouver collés dessus comme des mouches pendant 15 jours.
Notre accompagnateur Chinois, super sympa et cool, s’appelle ... Abdoullah et est Oyegour. Les gens du coin, les "oyegours" colonisés par les chinois il y a environ 2 siècles sont des musulmans et même s’ils ne parle pas un mot d’arabe, ils ont tous des prénoms arabes. Ils utilisent aussi l’alphabet arabe, pour écrire leur langue "l’oyegour" (très peu de rapport avec l’arabe évidement) qu’ils parlent entre eux en plus du chinois (qu’ils n’apprecient pas trop d’ailleurs...). A part ça ils portent de drôles des chapeaux plutôt fun (difficile à décrire, il faut voir les photos ...)
Arrivée au camp de base. le plan d’ascension en 3 camps scientifiquement concocté par Gilles et Fernand est rapidement oublié : les skieurs ne sont pas des lopettes, ils peuvent monter en faisant seulement 2 camps (5600 m, 6500 m) au lieu des 3 prévus (5400 m, 6200 m, 6700 m) : tout à fait d’accord, ça va simplifier la logistique en plus. Nous constaterons ensuite que cette option était sans doute bonne, c’est pas ça qui nous a planté, vu qu’on est arrivé frais comme des cailles à 7000 m et que si le temps n’avait pas été menaçant, on aurait étalé la nappe du pique-nique au sommet 3 heures plus tard comme qui rigole....
Car en effet la météo (mot clé de ce séjour) a pas mal compliqué nos déambulations. On pense que la mousson plutôt forte cette année balançait quasi quotidiennement des paquets de merde par dessus le Karakoram / Pamir, du coup neige quasiment tous les jours, pas du super mauvais temps mais un peu tous les jours ça use et surtout ça fait brasser pour faire la trace. En plus quand vous laissez du matos quelque part vers 6000 m un jour ou il fait mauvais (2 tentes, piolets, pelles....), que vous ne savez pas super précis où vous êtes, que vous ne pensez pas à prendre un point GPS (ne dites à personne qu’on avait 2 GPS dans l’équipe), que le petit piquet de repère a "peut être" été recouvert par la neige (en fait non ...), et qu’il est tombé 1m de neige depuis la dépose, ben vous êtes dans la merde, détails plus loin....
Après 4 jours de mauvais temps, il neigera même au Camp de base à 4500m nous partons pour une dernière tentative et surtout récupérer le matériel abandonné dans la tempête en dessous du Camp 2 vers 6000m.
Après une nuit au camp 1, on part installer le camp 2, mais arrivé au dépôt de matos supposé, on ne trouve rien. On laboure la pente à 5, pendant 2 heures (à 6000 m vous imaginez le trip). Au bout de 2 heures, épuisés, on retrouve le matériel que l’on charge et on continu jusqu’au Camp 2 à 6200m. Arrivés épuisés, on décide de ne pas bouger le lendemain, repos, et de tenter le sommet directement depuis ce camp à seulement 6200m.
La journée de repos fut assez belle jusqu’à 16h00, c’était en fait un "summit day" qu’a exploité un couple d’italiens à coté de nous. Le lendemain, départ 5h30, montée dans le beau temps jusqu’à 7000 m et là ça se gâte, des gros nuages en dessous, des petits au dessus pas épais, et 2 mecs qui nous avaient dit à la montée "attention ça va se dégrader cet après midi, neige et vent" et qui auraient mieux fait de ce taire, bref on redescend ...il restait 3 heures pour arriver au sommet dieu sait ce qui peut arriver en 3 heures à cette altitude. Donc finalement, c’était pas si évident le sommet se jour là, il fallait soit partir beaucoup plus tôt (pas facile quand il neige le soir), soit ne pas se poser de questions...

Nous voilà donc en bas, et au lieu de rentrer directement au Pakistan, une petite incursion culturelle en chine était prévu nous avons poussé jusqu’à Kashgar, ancienne étape importante de la route de la soie. Très intéressant pour voir un peu mieux ce qu’est la chine. La route pour y aller franchit quelques gorges impressionnantes avec comme toujours des sommets très esthétiques. Arrivé dans la plaine on traverse de vastes oasis de verdure irriguées avec l’eau qui descend des montagnes. Grouillement de vie paysanne. L’arrivée à Kashgar est assez violente, comme d’ailleurs pour tashkorgan l’autre grosse ville qu’on a traversé après la frontière : on a le sentiment d’arrivée dans un décor, une ville artificielle tombé du ciel qui se voudrait pseudo moderne avec des maisons en carrelage, pas mal de chromes pour décorer (surtout sur les bâtiments officiels), ambiance hôpital à ciel ouvert, une volonté d’aseptiser la vie. En tout cas pas vraiment ambiance terroir, une négation absolue de tout ce qui pouvait préexister. En cherchant un peu on trouve derrière ces avenues de pacotille des restes des quartiers de kashgar traditionnels avec maisons basses, élégantes, on se croirait un peu dans le vieux Hanoi. Ca devait être très sympa mais il en reste si peu. Bref une ville communiste, un monde refait à neuf, pour le bonheur et l’épanouissement de l’homme. Culturellement, on flaire la catastrophe, mais malgré tout les oyegours ont conservé un peu de leurs racines : dans une boite oyegour (ils ne se mélangent pas aux chinois), boite qu’on eut du mal à dénicher d’ailleurs car Abdoullah ne pouvait pas comprendre qu’on cherche à boire un pot sans chercher également les filles qui vont avec, dans un décor assez boite de nuit pourtant, on est quand amusé de les voir danser sur des airs de musique traditionnelle, avec chanteuses etc., pas une goutte de techno évidement et sans doute rien de chinois non plus.
KKH, retour : la KKH dans l’autre sens, nettement mieux cette fois on voit les sommets, grandioses, qui dominent la route. La vallée de Hunza, à l’extrême nord du Pakistan, est un vrai Paradis, peuplé de gens vraiment charmants, ce sont des musulmans ismaéliens (leur chef spirituel c’est l’Agha khan), et qui vivent dans des oasis vertes arrosées par l’eau descendant des sommets. La vue du "golden pilar" depuis karimabad impressionne carrément, même de loin, la pureté des lignes de cet espèce d’éperon walker qui aurait été designé par Stack laisse rêveur (la silhouette du pilier est à peu près la même que les pieds du presse agrume de stack, sauf qu’elle doit faire plus de1000 m de haut. Cette vallée de Hunza est donc un coin ou on a vraiment envie de revenir. 1 jour de route plus bas, entre chilas et Becham, le décor, et les gens, sont beaucoup moins riants. Cette région est beaucoup moins favorisée économiquement : pas de terres, pas de tourisme. On traverse des villages peuplés de mecs uniquement, quasi tous barbus en djellaba... Ah ... là dans une ruelle ... deux cônes de tissu noir qui bougent : 2 "ispis di conasse" accroupies ! A la sortie du village, en guise de conclusion, inscrit sur une maison : "I’m proud to be an islamic fundamentalist".
Voila, donc on a bourriné 16 jours en montagne obsédés par nos camps, mais à coté de ça on a quand même vu plein de choses passionnantes. Du coup il y a pas mal de photos…