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Marble peak 2009

25/07 au 16/08/09 : Marble Peak (6400m peut-être) ou Mramornaya Stena son nom local (Kazakhstan)

Participants : Alain, Xavier et Fred
 

Vol sans histoire samedi 25 juillet de Toulouse à Almaty via Amsterdam, si ce n’est un excédent de poids de bagage qu’avec beaucoup d’imagination nous avons réduit au maximum…
 

Nous (Alain et Fred) profitons alors de deux jours de repos à Almaty, dimanche et lundi, Xavier n’arrivant que le mardi. Notre guide routard à la main, nous déambulons tranquillement dans les rues d’Almaty, nous imprégnant en douceur de la culture locale.



Les contacts avec les autochtones ne sont pas des plus aisés, peu de personnes parlent anglais et le traditionnel « do you speak english ? » reste souvent sans réponse. Le Kazakhstan est un pays russophone, nous ne comprenons rien, ni les indications sur les panneaux ni les menus au restaurant... Bref ça sent le dépaysement et les vacances.

Mardi matin après avoir récupéré Xavier à l’aéroport, Igor notre guide et interprète, nous conduit à bord de son 4x4 en direction des montagnes du Tian Shan qui vont nous accueillir durant notre séjour. Au programme 6 heures de route, sauf que ce n’est pas l’A64. Les paysages défilent steppes immenses d’un côté, montagnes à n’en plus finir de l’autre. Arrivés à destination nous nous installons dans un ancien camp militaire (Akkol) à proximité d’un poste frontière sensé surveiller les frontières chinoise et kirghize.

Aux alentours le relief est doux, la végétation dense, les prairies sont couvertes de géraniums et d’edelweiss, « jamais vu une telle concentration » dixit notre expert botaniste qui ne sait plus où donner de la tête et « shoote » dans tous les sens à faire fumer le zoom.

Le lendemain nous reprenons place dans le 4x4 et remontons une large vallée sur une piste en mauvais état laissant derrière nous toute trace de civilisation. Seules quelques cabanes et yourtes isolées peuplent ces immensités de verdure où paissent quelques rares chevaux et moutons. Nous nous arrêtons prés de l’une d’elles et déposons tous nos bagages, ceux-ci continueront à dos de chevaux. Nous poursuivons un quart d’heure supplémentaire en 4x4 jusqu’au terminus de la piste, une mine d’or (Jarkulak), ensemble glauque de bâtiments en état de délabrement avancé encerclé d’un cimetière d’engins de terrassement de tous genres. L’endroit est sinistre mais nous sommes rapidement accueillis par deux mineurs qui n’ont plus soif dirons-nous. C’est très marrant au début mais très rapidement pénible et Igor nous incite à partir doucement, il se chargera des bagages tout seul. Pendant ce temps il pleut, nous laissant guerre qu’un triste aperçu de cette marche d’approche jusqu’au camp de base que nous atteignons en trois heures, tout mouillés. Les chevaux ne tardent pas, nous installons le camp dans la foulée : une grande tente mess et deux cuisinières (Guzel et Gulia) rien que pour nous…

Ce n’est que le lendemain avec le beau temps que nous nous rendons compte de la splendeur du site. Nous décidons d’aller voir de plus prés en grimpant le premier sommet (4200m) directement accessible depuis le camp de base (3300m). Le panorama est superbe nous offrant une vue imprenable sur la gigantesque falaise rocheuse du Marble peak avec en prime une vue complète de notre parcours. Nous sommes heureux de cette première prise de contact. Xavier a la patate et doit même nous attendre au retour au camp de base. Il comprendra son erreur plus tard dans la soirée et sera contraint d’agrémenter son repas de quelques cachets d’aspirine, l’apprentissage commence…

Le jour suivant voit notre première ascension au camp 1 (4300m), le but étant de faire un dépôt de matériel et de vivre. Equipés d’un topo à peine détaillé et d’une carte au 1/200000°, nous avançons au jugé en fonction de nos souvenirs de la veille sur notre petit sommet. Un sentier est cairné d’après nos cuisinières qui connaissent l’endroit. Nous suivons le cours d’eau dans un premier temps puis à proximité du glacier nous montons dans la moraine en suivant quelques cairns. Nous accédons alors à un balcon que l’on remonte jusqu’au pied du col chinois (4100m). La vue y est toujours agréable, en contre bas les glaciers monstrueux bloqués aux pieds des faces enneigées, de l’autre des pentes d’herbes et éboulis, terrain certainement idéal pour les bouquetins que nous n’apercevrons jamais au grand désespoir de notre expert botaniste qui est biologiste également.
 
Chargés comme des mules, nous étions content jusqu’alors d’évoluer sur une pente progressive. Après une mini pause au pied du col chinois, le calvaire commence, 150m de pierrier immonde sans le moindre sentier, façon je monte de 50cm je redescends de 25. Après ¾ d’heure d’effort nous pique-niquons au col chinois. Reste plus que 200m pour atteindre le camp 1, que nous choisissons de monter dans la neige. C’est plus raide que ça en a l’air et on n’est pas trop de trois pour se relayer et faire la trace dans cette neige inconstante. Nous parvenons enfin au camp 1, bien entamés avec un léger mal de tête pour certains, heureux de se débarrasser de ce fardeaux. Nous en profitons pour observer la suite du parcours mais repartons rapidement, la route est longue. Nous la « recairnons » par endroits pour faciliter les prochains vas et viens que l’on souhaite le moins nombreux possible.

Arrivés au camp de base nous nous précipitons sous la tente mess et engloutissons notre soupe. Cachet d’aspirine pour tout le monde également. A l’unanimité nous décidons d’un jour de repos avant de partir dormir au camp 1. Jour de repos que nous mettons à profit, nous partons nous promener sagement en direction du Bayankol (5600m) pour changer, mais une rivière de fonte aux eaux tumultueuses dépourvue de passerelle nous en dissuade. Nous nous énervons alors sur un bloc que nous grimpons par tous les côtés. Le soir après une toilette de chat et un repas bien mérité, nous improvisons une partie de carte dont Alain inculquera brillamment les règles à nos cuisinières avec ses trois mots de russe. Nous sommes reposés et détendus, le décor est posé, l’aventure peut commencer…
 25/07 au 16/08/09 : Marble Peak suite et fin.

Nous voici donc en partance pour le camp 1. Normalement le retour n’est pas prévu avant une huitaine de jours. Les adieux à nos cuisinières dévouées sont d’autant plus émouvants, « god bless you » nous disent-elles avant de partir.

Au bout d’une demi-heure de marche, je me rends compte dans un éclair de lucidité que je ne m’explique toujours pas, que j’ai oublié les ficellous qui tiennent la tente. Outils indispensables qui peuvent nous éviter de faire du Kite surf en pleine tempête. Demi-tour, ¼ d’heure de descente puis ½ heure de montée et je retrouve mon sac là où je l’avais laissé, sac en grande parti allégé par mes camarades qui ont continué. Je me lance alors dans une course poursuite dont je me serais bien passé surtout à une altitude avoisinant les 3800m. Ce n’est qu’au pied du col chinois que je les rejoins en leur criant de m’attendre. Petite pause pour récupérer, je recharge mes affaires et c’est reparti en direction de ce terrible col chinois qu’il nous faudra seulement 20 minutes pour franchir cette fois, l’acclimatation semble faire effet. 



Nous arrivons tranquillement au camp 1 que nous installons aussitôt, ambiance No man’s land, seul le dépôt d’une équipe de russes partis dormir à 5000m pour s’acclimater nous prouve le contraire.

Comme chaque soir maintenant depuis quelques jours, un orage nous oblige à manger sous la tente. Petite partie de cartes que j’ai certainement due perdre et dodo.

Le lendemain, opération fret. Comme le premier voyage au camp 1, nous partons faire un dépôt au camp 2 dans l’idée de monter y dormir le jour suivant, nous prenons quand même la précaution de garder à manger pour un jour supplémentaire, en cas. Nous évoluons d’abord presqu’à plat sur l’arête dans le prolongement du camp 1. En haut du premier ressaut nous croisons l’équipe russe qui redescend au camp de base pour deux jours de repos. Nous continuons en essayant au mieux d’utiliser leurs traces. La montée se fait de plus en plus raide avec quelques passages à 45° en neige profonde. A proximité du premier pic (Uzlovaya 4900m) la pente se calme et nous suivons les branches de saule (à confirmer par notre expert) plantés dans la neige par les russes pour baliser le passage, beaucoup moins cher et peut-être aussi efficace qu’un GPS en cas de mauvais temps. Petite pause au sommet. Puis on se lance une fois encordés pour la traversée de l’arête fine et cornichée en direction du camp 2. Alain passe en premier. Le passage est spectaculaire (environ 500m de pente côté chinois, 700m côté kazakhe) mais sans difficulté technique. Nous arrivons sur un replat, Xavier a la tête qui bourdonne et se verrait bien faire le dépôt là puis redescendre au camp 1. Nous nous exécutons. 

Après une nuit réparatrice, nous démontons le camp 1. On laisse quelques affaires pour s’alléger au maximum et partons au camp 2. Contrairement aux autres jours le temps se dégrade plus tôt dans la journée, ainsi lorsque nous arrivons au premier sommet en début d’après midi nous sommes envahis par les nuages. On s’équipe, Alain en premier, Xavier puis moi. On avance précautionneusement à la faveur de quelques trouées. La chute de neige de la veille a complètement effacé nos traces. Mais le brouillard persiste diminuant d’autant la visibilité.

Alain : « Je vois plus rien !! Fred, avec ton masque anti brouillard de l’espace, tu veux pas essayer de voir ? ». OK, répondis-je, naïvement. Inversion de la cordée, je passe en tête. En fait, je ne vois pas grand-chose non plus, ma seule ligne de repère est la différence de gris entre le ciel (gris foncé) et le fil de la corniche (gris très foncé). Par prudence je m’écarte de la ligne de crête au cas où la neige fraîche ait encore accentué la corniche. Puis soudain mon pied gauche se dérobe, me retrouvant à califourchon, jambe gauche dans un trou non identifié, jambe droite dans la pente côté kazakhe. Je me redresse et à l’aide de mon bâton commence à faire céder le pont de neige sur lequel j’évoluais. Les copains sont plus loin derrière sur un endroit plus sain. Le trou n’a pas l’air très profond mais semble tout en longueur. Je poursuis mes travaux de déblaiement sur quelques mètres et remonte sur le pont de neige qui l’air plus solide maintenant. En vain, je retombe à nouveau dans le trou.
Alain : « Arrête tes c…eries ! On s’arrache ». C’est pas de refus, me dis-je.
On rebrousse chemin. Une fois en sécurité nous improvisons un conseil de guerre. On n’a qu’à installer notre tente juste à côté sur l’ancien camp des russes, de toute façon on a de quoi manger pour ce soir. Demain il fera beau, affirme Alain d’un ton paternaliste et tout ira bien. En attendant la tempête arrive, « ça buffe » comme on dit dans un pays qui est toujours libre. A l’abri dans la tente chacun y va de son analyse :
Alain : « T’as dû tomber dans une brèche qui s’est remplie de neige »
Fred : «  Tiens j’ai plutôt l’impression qu’une crevasse s’est formée que le tout tend à se barrer »
Xavier, la tête en vrac : « De toute façon, demain on fera un corps mort et on tirera une longueur, c’est plus sûr »

Le lendemain, le temps ne s’est pas amélioré. Nous plions la tente et nous dirigeons à l’aveuglette vers l’arête. Xavier confectionne un corps mort sur lequel je me vache pour l’assurer. Même endroit, même cause, même effet. Xavier tombe dans le même trou, à nouveau recouvert de neige pendant la nuit. Demi-tour. Blablabla, n’ayant plus rien à manger ou presque, nous n’avons pas d’autre solution que de retourner au camp de base pour ravitailler et attendre le retour du beau temps.

Beau temps qui revient dès le lendemain au camp de base. Notre programme a pris du retard, aussi nous décidons de ne pas nous attarder et partons en début d’après-midi juste après le repas. Retour au camp 1 pour la troisième fois, on ne s’en lasse pas ! Nous croisons l’équipe de russes partis de bon matin, ils ont installé leur camp au pied du col chinois. Nous poursuivons jusqu’au camp 1.

Le jour suivant nous voici à nouveau au départ de notre arête maudite. Il fait beau et distinguons parfaitement les ponts de neige qui ont commencés à s’affaisser. La corniche semble se morceler de toute part. Nous ne traînons pas. Aussi nous ne sommes pas fâchés lorsque nous prenons pied de l’autre côté. Le dépôt n’est plus très loin, seule la sonde dépasse de la neige. Quelques coups de pelle plus tard nous mordons à pleine dents dans le saucisson bien de chez nous dont on a dû se priver tout ce temps. Nous installons notre camp ici même. Les russes qui nous emboitent le pas nous rejoignent et continuent monter leur camp un peu plus loin. Le temps est magnifique la vue est superbe et lointaine, ce sera la seule vraie journée de beau temps, pas un seul nuage.

Le lendemain les rôles s’inversent, c’est à notre tour de profiter des traces des russes qui désormais nous précèdent. Les altitudes indiquées sur notre topo ne correspondent pas vraiment à ce qu’on relève. Nous passons le pic Pogranychnic (5258m en principe) puis redescendons sur un large col pour gagner l’arête qui mène au sommet qui est encore bien loin. Nous posons finalement le camp aux alentours des 5100m, sur un replat, à contrario des indications du topo. Les russes eux continuent. Le temps se dégrade à nouveau. La tente est à peine montée que l’orage gronde, on a même droit à la grêle. 

Les jours passent, il ne nous reste plus que deux jours pour atteindre le sommet. Nous nous mettons d’accord pour la suite des évènements. Deux options : Soit partir d’ici en étant light quitte à ne pas atteindre tout à fait le sommet, soit monter faire un camp plus haut sur l’épaule à 5700m pour se garder le plus de chance d’aller au sommet. Deux voies contre une. 

Nous partons alors le lendemain pour faire un camp supplémentaire, le quatrième. Nous gravissons un long ressaut raide équipé de cordes fixes. Les parties enneigées sont un vrai calvaire suite aux intempéries de la veille. Malgré l’excellente trace d’Alain, je me sens fatigué, j’ai mal dormi, je souffle, je râle, je suis au taqué et surtout je ne sens plus mes pieds…
On s’arrête au niveau du camp des russes qui eux sont partis pour le sommet. Le docteur m’ausculte, rien à craindre, tout va bien. Blablabli blablabla, nous décidons de camper ici (5400m) et tenter le sommet à partir de là, comme les russes qui nous apprendront à leur retour qu’ils n’ont pas atteint le vrai sommet, mais une antécime à 6200m. Le temps est à nouveau maussade ce soir.

4h, le réveil sonne, c’est le jour J. Alain ouvre la tente et " horreur au désespoir", il neige. Demi-tour droite dans le duvet, les carottes sont cuites, fin de la partie…
Le temps est à peine mieux lorsque nous commençons à plier le camp vers 9h. Pire le vent se lève avec de puissantes rafales. Celui-ci nous accompagnera tout le temps de la descente jusqu’au col et soulevant la grêle tombée auparavant nous fera vivre un véritable supplice. Nous rêvons que d’une chose maintenant : quitter cet enfer blanc.

Nous continuons notre route, nous rattrapons les russes partis avant nous qui marquent une pause. Nous faisons alors la trace le temps de la remontée au camp 2 où nous nous arrêtons pour manger et récupérer un peu de matériel. Les russes nous dépassent et s’engagent pour traverser la corniche. De notre poste d’observation nous ne les voyons plus, il semble qu’ils mettent beaucoup de temps à traverser, bizarre !!  Nous avançons un peu et comprenons immédiatement le problème. La corniche a cédé obligeant à passer en contre bas, plein gaz dans la pente. Un russe vient à notre rencontre et s’adresse à nous : « we need a rope ». Le Russe parti installer une corde fixe est en position délicate. Après avoir rabouté leurs seules deux cordes (pour huit, suffisant ??), il n’est toujours pas sorti des difficultés. Heureusement à l’aide de notre deuxième brin de corde il parvient à confectionner un relais hors de danger. En retour et de manière tacite les russes nous laissent profiter de leur installation. On ne se fait pas prier…

Nous sommes soulagés lorsque finalement nous installons notre camp au pied du col chinois, dans l’herbe au bord de l’eau. Les nuages un temps chassés par le vent sont de retour, malheureusement à cette altitude là, il pleut. Nous enfouissons tout sous la tente comme ça vient et exaspérés nous ne prenons même pas la peine de diner, juste un morceau de saucisson.

C'est le beau temps qui nous réveille au petit matin. Au programme séchage et pliage des affaires. Nous ne sommes pas pressés, profitant ainsi des derniers instants en montagne. De temps en temps nous jettons un oeil au sommet, malgré le beau temps, celui-ci est auréolé de fumerolles, signe de vent violent. Retour tranquille au camp de base où nous retrouvons avec plaisir un semblant de confort, en tout cas de la bonne victuaille.

C'est un cavalier local qui vient nous chercher pour partir. Trois chevaux sont à notre disposition pour porter nos affaires. Le gars est peu voire pas équipé, seulement quelques ficellous en mauvais état. Il nous faudra deux bonnes heures pour parvenir à tout charger. Malgré cela dés la première difficulté, un petit cours d'eau à enjamber, la première jument tombe, obligeant à refaire le chargement. Deux heures plus tard nous entrons à Jarkulak, l'ancienne mine d'or. Nous craignons comme la dernière fois le comité d'accueil. Personne, tant mieux. Quelques kilomètres de plus sur la piste et nous improvisons un camp sur une large prairie. Une fois de plus, il pleut...

La suite se passe en 4x4, qui nous conduit de ce dernier campement au poste militaire en bas de la vallée. De là un taxi est sensé venir nous ramener à Almaty. Nous l'attendrons plus d'une heure. Heure interminable pendant laquelle les militaires las de ne rien faire, essaieront de nous soutirer quelques effets à la mode occidentale. Tout y passe dans le « give me a present », l'appareil photo, le sac à dos, les claquettes, même la corde. Tout est matière à marchander, finalement Alain leur laissera une casquette.

De retour à Almaty, nous retrouvons les bienfaits de la civilisation, un vrai lit une douche et surtout de la bière!!! Il est déjà temps de repartir... THE END

Fred