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Pérou 2008

 

Voyage - Trek en Cordillère Huayhuash
 
18/06 : Voyage en avion San-Sebastien / Lima, via Madrid, avec 8 heures d’escale qui nous permettent d’aller nous promener un peu (Puerta del Sol Plaza Mayor Plaza Santa Ana…). Nous arrivons à Lima Vers 22h heure locale (5h du mat), changeons quelques € en soles, Réservons un bus pour Huaraz pour le lendemain matin et prenons un taxi jusqu’à l’hôtel Continental (assez désuet).
 
19/06 : Voyage en bus Lima / Hauraz, 410 km, 8 heures. Départ à 9h. La première moitié du parcours longe le Pacifique, dans une ambiance brouillardeuse à souhait et bien glauque (es la garua). Après la pause casse-croûte virage à droite et l’on attaque la longue montée vers le Paso de la Fortaleza (4080m). Le paysage change radicalement, le désert de sable faisant place à une vallée verdoyante, encadrée de hautes montagnes très minérales (Cordillère Noire). Le col donne accès à un vaste plateau au fond duquel se trouvent les C. Huayhuash et C. Blanche (magnifique). Le reste du parcours consiste en une descente de 2h sur Huaraz.
 
20/06 : Journée organisation à Huaraz (qui a pas mal changé en 8 ans).
 
21/06 : Début du trek. Lever plus que matinal (4h) pour aller prendre le bus pour Chiquian. Les 2 premières heures sont glaciales et les vitres du bus gelées. Nous refaisons, en sens inverse, le chemin parcouru l’avant-veille, jusqu’à la Laguna Conococha où nous prenons à gauche. Rapidement la route laisse la place à une piste, qui après un col à 4200m, descend de façon assez vertigineuse sur Chiquian. Là il nous faut changer de bus pour aller jusqu’à Llamac (10s pour les gringos 7s pour les locaux). Nous repartons vers 9h et rejoignons Llamac à 11h. Après une petite halte à l’épicerie locale pour acheter quelques gâteaux secs que nous partageons avec 2 petites filles et leur mère qui ont l’air bien miséreuses, nous commençons notre trek, en plein soleil. 2h d’une montée assez rude nous conduisent au Puerto de la Cruz (3600m). Nous y faisons une bonne halte pour contempler quelques lointains sommets enneigés et nous sustenter avant d’attaquer la descente jusqu’au rio Atchin (très raide et rapide). Problème, il n’y a pas de pont pour traverser ! Heureusement une petite mama et son fils qui passaient par là nous indiquent le chemin à suivre. Le pont n’est autre qu’un arbre penché au-dessus du torrent que nous traversons tant bien que mal. Quelques centaines de mètres plus loin, nous nous arrêtons pour monter la tente sur une terrasse de culture. L’emplacement est très sympa mais le soleil passe derrière la montagne dès 15h !!!
 


22/06 : Montée à la L. Jahuacocha. Réveil vers 6h et départ à 8h30, après que le soleil ait séché la tente. 700m de dénivelée mais des km et des km à parcourir. 9a commence par une petite montée où nous testons la position short. Mauvaise pioche, en moins de 10’ nous avons les chevilles constellées de piqûres de petits moustiques, qui nous démangerons pendant de nombreuse journées. Vers 3700m, on redescend dans le lit du rio Atchin que l’on suit pendant des heures pour finalement atteindre de vastes herbages ressemblant un peu à Bious Artigues (Rodeo Pampa). La fin de la journée est un peu pénible et ce n’est qu’à 16h30 que nous arrivons au camp, au bord de la L. Jahuacocha. Il y a déjà une dizaine de tentes. Le site est fabuleux, avec le Yerupaja (6617m), le Jirishanca (6094m) et le Rondoy (5870m) en toile de fond.
 
23/06 : Passage du Col Sambuya Punta. Nous nous levons à 6h30 après une nuit agitée où les chiens n’ont cessé d’aboyer, les séracs de s’écrouler puis la pluie de tomber. Au matin il fait gris et doux (8°c) mais ne pleut plus. Départ à 8h, direction la L. Solteracocha, magnifique avec ses eaux turquoises et son énorme moraine frontale. A ce niveau, virage à gauche pour 500m de montée assez raide. On progresse très, très lentement. Les sacs sont lourds et les organismes pas encore acclimatés. On croise un berger et ses brebis (genre mérinos). Peu après il se met à neiger faiblement. On sort la veste et les gants. La progression se poursuit, toujours aussi lente mais régulière. Vers 11h45 nous arrivons enfin au col Sambuya Punta (4750m), bien fatigués, dans la brume. On fait 3 photos (les sommets sont complètement bouchés) et on repart pour le col Rondoy Punta (4735m, mais qui paraît nettement plus haut que le précédent ???). Là, débute une raide descente, d’abord sous la neige, puis sous la pluie. Nous profitons d’une petite éclaircie pour casser la croûte au pied du Rondoy. Puis il se remet à pleuvoir de plus en plus fort. En quelques minutes la T° est passée de 13°c à 4°c. Hormis quelques vaches, il n’y a pas âme qui vive au fond de cette longue vallée qui descend du Rondoy. Une paire d’heures plus tard, complètement trempés et a demi congelés nous avisons une chaumière inoccupée qui va nous servir d’abris pour la nuit. Nous réussissons à faire du feu et finissons par nous réchauffer autour d’une bonne soupe. Bonne nuit sur un bat-flancs couvert d’herbe séchée (malgré la fumée).
 
24/06 : Fin du trek et retour à Huaraz. Levés à 6h (il pleut toujours), nous nous mettons en route vers 7h. Nous suivons une large vallée, humide et pleine de vaches jusqu’à Rondoy Pampa (zone de camping), puis un petit sentier qui descend nettement, évite le village de Rondoy et rejoint la piste qui doit nous amener jusqu’à Popca (10 km). Au bout de 3 km, on tombe sur les baraquements de Mina Punta (plomb et zinc), exploitée par des japonais. On arrive à Pocpa à 10h30, joli village du bout du monde. Une heure plus tard, nous prenons le bus qui nous ramène jusqu’à Chiquian. Nouveau changement mais le bus étant bondé, nous voyageons jusqu’à Huaraz, debout dans le couloir, au milieu des enfants qui pleurent et des parents qui dorment. Finalement ces 3h passent à peu près bien.
 
 
Chavin de Huantar – Ascension du Yanamarey

25/06 : Voyage en bus Huaraz /Chavin de Huantar. Levés à 7h30 nous allons prendre un bon petit dej au Monte Blanco devant la retransmission de Wimbledon et DECHY à 2 doigts d’éliminer IVANOVIC. Quelques courses vite faites au supermarché puis retour à l’hotel, non sans avoir acheté quelques fruits dans la rue, des empanadas variés et du fromage chez notre fournisseur habituel (nous lui en avons déjà acheté pour notre trek dans la C. Huayhuash). DECHY et IVANOVIC en sont à 8 partout au 3° set (quel suspense). Nous avons un peu de temps devant nous, j’en profite pour aller me faire couper les cheveux, rapide et pas cher (10s). Séance paquetage avant un excellent déjeuner en chambre, puis petite sieste. On va prendre le bus à 14h. Il est cassé de partout et en plus d’être en mauvais état il charrie une très forte odeur de fiente de poulet (dur, dur). Départ vers 14h30. Petit arrêt au niveau du contrôle de police et c’est parti vers Chavin de Huantar. A Catac, on quitte la route de Lima pour prendre sur la gauche vers le col de Cahuish et son tunnel (4450m). Au passage on repère les environs pour l’ascension du Yanamarey. La route qui descend sur Chavin de Huantar est impressionnante et nous donne des envies de VTT. Nous arrivons à Chavin vers 17h30 et descendons à La Casona joli petit hôtel qui donne sur la place d’armes. Rapide tour de ville avant d’aller dîner. Alors que nous nous mettons en quête d’un resto, une coupure générale d’électricité frappe la ville. Nous finissons donc dans le seul resto équipé d’un groupe électrogène. Bon dîner (même si mon lapin a dû un peu trop courir), arrosé d’un Tacama (vin péruvien assez curieux). 21h extinction des feux.

26/06 : Visite du site archéologique de Chavin de huantar et trajet jusqu’au tunnel de Cahuish. Bonne nuit, très calme. Après une douche (à peine tiède) et un solide petit déj, on se dirige à pied jusqu’au site préincaïque distant de quelques centaines de mètres. On attend un bon 1/4h à l’entrée du site qu’un guide arrive. On tombe sur Martin, très sympa, qui nous parle espagnol-petit nègre afin que tout le monde puisse comprendre (n’est-ce pas Fred). On commence par les extérieurs du site, dont il ne reste pas grand chose d’origine (les avalanches, les incas les espagnols puis les villageois sont passés par là). La plus ancienne date de – 1200 et la civilisation Chavin a régné jusque vers – 200, peu à peu remplacée par les Huaraz, les Recuay et pour finir les Incas. Belle place carrée avec système d’évacuation d’eau sophistiqué surmontée par une porte monumentale entièrement sculptée (condors, jaguars, serpents…). L’intérieur commence par une 1° chambre souterraine, en forme de croix du sud au milieu de laquelle trône le « lanzon », sorte de grand couteau de pierre largement révéré par les savants et les religieux de l’époque. 2° salle labyrinthique, ventilée par un savant système d’aération. Le clou du spectacle consiste en la dernière tête enchâssée à intervalle régulier, encore en place dans le mur d’enceinte (emblématique du site de Chavin de Huantar). Après avoir savouré une Cristal nous regagnons l’hôtel vers 12h pour casser la croûte dans le patio. A 13h nous allons prendre le bus (qui en fait arrivera une bonne heure plus tard que prévu) et vers 15h il nous largue en pleine nature, à la sortie du tunnel de Cahuish. On troque les tongs contre les spantiks afin de négocier au mieux les 50m de dénivelé qui nous séparent de notre camp du jour (à côté d’une grande mare). Il se met à pleuvoir légèrement alors qu’on monte la tente. Il ne nous reste plus qu’à dîner dans la tente. A près quoi, partie de whist où, Patrick (qui a perdu) est condamné à ressortir pour chercher de l’eau au torrent. 19h30, tout le monde au lit. Demain on se lève à 5h pour attaquer le Yanamarey Sud!!! 



27/06 : Ascension du Yanamarey Sud (5200m). 5h, on commence à ouvrir un œil, puis deux. La pluie, qui est tombée pratiquement toute la nuit, a laissé place à un ciel bleu. Nous attaquons les hostilités vers 6h30, par une montée rude et malcommode, en direction du col repéré la veille. Bientôt, les hautes herbes sont remplacées par des éboulis croulants. Redoutable !!! Nous finissons quand même par parvenir au col (4900m). Nous tentons ensuite une traversée qui s’avère vite impossible (nous buttons sur des dalles bien lisses) et sommes obligés de redescendre des 200m, vers les lagunas Querococha, situées sur la voie normale. Nous reprenons de l’altitude, et en suivant la moraine, nous parvenons au glacier (4850m). Nous sortons tout l’attirail et Fred prend la tête pour nous faire une belle trace. Nous sommes absolument seuls. Ambiance magnifique. Petit à petit nous progressons vers le sommet que nous atteignons, dans le vent, peu avant 12h. Panorama immense, avec notamment vue sur le Huantsan et le Chinchey. Petite séance photos et c’est reparti pour la descente. On inverse la cordée et une grosse 1/2h plus tard on se retrouve en bas du glacier (très peu crevassé). Bonne pause casse-croûte (le pâté et le fromage font un bien fou). Il ne nous reste plus qu’à redescendre à la laguna, tourner à gauche et remonter jusqu’au col. Mais c’est là que commence notre calvaire. Il n’y a pas la moindre sente, le terrain est croulant à souhait, bref on n’avance pas. Il nous faudra finalement 1h30 pour arriver au col… qui n’est pas le bon. Fred choisit de suivre l’arrête croulante et enneigée, je préfère faire demi tour et rejoint Patrick resté un peu en arrière. On finit par se regrouper en dessous du col passé le matin. Il n’y a plus qu’à se laisser descendre jusqu’à la tente. A 16h30 le camp est levé et à 17h nous sommes à la route. 10’ plus tard un bus s’arrête. Il ne peut nous amener que jusqu’à Catac mais ça nous avance déjà de 40km. Pendant le trajet, film japonais hyper violent mais pas aussi « gore » que celui de la veille (une bande de zombies trucidant de pauvres randonneurs à la tronçonneuse et autres engins de torture). A Catac, à peine le temps d’acheter 1 Inca Kola et 3 brochettes qu’un collectivo est déjà prêt à partir pour Huaraz. Voyage mouvementé (genre boîte de sardine sans le jus). Finalement on retrouve notre hôtel à Huaraz vers 19h, fourbus, mais ravis.


Ascension du Chopicalqui (6345m)

28/06 : Journée tranquille à Huaraz où nous organisons la suite des opérations (gaz nourriture, guide pour l’Alpamayo…). En un tournemain, tout est réglé. Nous en profitons pour porter un peu de linge sale à la laverie. En début d’après-midi, nous faisons nos sacs, allons récupérer notre linge et partons en taxi jusqu’au terminal de bus. Nous y prenons un collectivo qui nous amène à Yungay en 1h30. Ambiance curieuse de cette ville ravagée par une énorme avalanche descendue du Huascaran (suite à un tremblement de terre), et totalement reconstruite depuis. Nous descendons à l’Hostal Gledel (recommandé pour sa cuisine familiale). Petite bière suivie d’un bon diner et retour à l’hôtel où nous attend la patronne. Rusula est adorable et nous raconte les malheurs qui l’accablent (elle souffre d’un cancer ce qui lui a vallu une amputation d’un bras et d’un sein). Elle nous offre une infusion en nous racontant combien elle aime accueillir des touristes et faire la cuisine pour eux, enfin autrefois… quand elle avait encore ses deux bras. Dur, dur !!! 21h30 nous allons faire nos sacs pour le Chopicalqui. Ils sont énormes.

29/06 : Montée au camp 1. Bonne nuit malgré le matelas et le traversin extrêmement durs. Lever à 5h. Pas d’eau. La douche sera pour plus tard. Excellent petit dej concocté par les 2 filles de Rusula, avec yaourt, confiture maison. 6h, le taxi rencardé la veille est là, ponctuel. En 1h30 il nous amène dans un grand virage, à l’entrée de la vallée qui conduit au Chopicalqui, un peu au-dessus de la L. Llanganuco. Le paysage est fabuleux (face N des Huascaran, face E du Huandoy, face S du Chacraraju…). On démarre vers 8h, les sacs sont vraiment lourds (20 à 25 kg). En 3/4h, on se retrouve au CB (très joli), à 4300m. Aussitôt on bifurque à droite pour prendre pied sur la moraine. Gros 1/4h très raide, puis le sentier emprunte la crête de cette moraine, beaucoup plus tranquille. On traverse le glacier qui descend du Chopi (ou du moins ce qu’il en reste) et on en profite pour faire une petite pause et prendre de l’eau dans une mare douteuse. On prend pied sur la moraine qui marque l’autre rive du glacier. Le sentier jusqu’au C1 suit la crête de cette moraine qui se redresse de plus en plus en offrant, par moments, des passages vertigineux au-dessus du ravin. A 11h, nouvelle pause vers 4750m. Le camp n’est plus qu’à 150m. Nous y arrivons avant midi. Malgré nos gros sacs, nous avons mis moins de temps que prévu. On commence à être un peu acclimatés. Très joli camp accroché entre la moraine et la paroi, avec une 10aine de terrasses. Nous sommes les premiers ce qui nous permet de choisir la plus haute. Fred et Patrick montent la tente pendant que je vais chercher de l’eau, au glacier. La source (eau de fonte) se trouve sous un énorme sérac. Je ne traîne pas ! Bon casse-croûte avec pâté au jurançon (excellent), puis chacun vaque à ses occupations (sieste, rédaction du carnet de bord, étude de l’itinéraire…).15h30, le Chopi est étincelant et ô combien impressionnant. 17h, dîner très moyen avec un lyoph vraiment pas bon (purée au fromage et au jambon), une mandarine et une infusion. Un petit coup sur les dents au soleil couchant. Séance photos et au lit. 

30/06 : Montée au C2. Très mauvaise nuit où l’on voit défiler tous les 1/4h pendant que d’autres ronflent allègrement (Cf Patrick). Après avoir fait sécher la tente, nous partons vers 9h30, pour une petite étape. Au bout d’une 1/2h de parcours sur la moraine (épuisant), nous prenons pied sur le glacier. Les suisses rencontrés la veille nous rejoignent, puis nous dépassent (il faut dire qu’ils ont des porteurs !!!). Nous progressons très, très, très lentement. Vers 5100m, nous faisons une bonne pause, puis une 2° vers 5200m. Finalement nous montons notre camp à 5350m, entre 2 beaux séracs, vers 13h. Bien fatigués par nos gros sacs, on sort aussitôt le réchaud pour se faire une bonne soupe. Ca fait vraiment du bien ! Les autres alpinistes ont choisi un emplacement un peu plus élevé, nous sommes donc seuls au monde. Parfait pour faire une bonne sieste ! 17h dîner classique (soupe, lyoph, tisane). 18h30, fin de la journée.



01/07 : Sommet du Chopi. Lever 4h pour départ à 5h30. Première 1/2h de nuit sur des pentes assez douces, sous un petit vent assez coquin qui rafraichit bien l’ambiance. On contourne quelques grosses crevasses pour prendre pied sur l’arête. A la vue des loupiotes qui progressent au loin, certains ont dû se lever bien avant nous. La progression se fait tout doucement toujours dans le vent, tantôt sur de larges épaules, tantôt sur des pentes plus raides. Vers 10h, nous arrivons au pied de la première grosse difficulté, 2 bonnes longueurs à 50-60° au-dessus d’une belle rimaye. Fred passe en tête et nous fait un magnifique relais sur pieu à neige, une première pour nous 3. Cette grosse pente débouche sur un replat où nous faisons une bonne pause en regardant plusieurs cordées qui descendent du sommet. Ca a l’air plutôt coton. Notamment un petit passage bien raide, super exposé. Après une longue hésitation, nous décidons d’aller y voir de plus près. Arrivés au pied du passage clé, Fred s’avance, puis, petit à petit, s’engage et passe. Il ne nous reste plus qu’à suivre. La suite se présente sous la forme d’une pente raide (55°), qui se couche aux abords du sommet. 13h, nous y sommes, bien fatigués mais ravis. Quelques rapides photos et il nous faut descendre. Je prend la tête, assuré par Fred, et descend lentement pour négocier au mieux le passage expo (j’y pose une broche pour sécuriser la descente du dernier). Je fais un relais sur pieu et piolet et fais descendre Patrick (contre-assuré par Fred), puis c’est au tour de Fred. Finalement tout le monde passe sans encombre. Une difficulté de moins. Sur le replat, nous récupérons nos sacs (lâchement abandonnés à la montée), puis nous attaquons un double rappel. Dans le premier, je me retrouve bloqué sur un gros paquet de nouilles, ce qui m’oblige à quelques acrobaties en pleine pente (ce n’est pas ce que je préfère). Le 2° se passe mieux, mais la corde est trop courte. Il manque 10m pour passer la rimaye. On désescalade tant bien que mal. A 16h les difficultés sont terminés. Il ne nous reste plus qu’une longue, longue, longue et pénible descente jusqu’à la tente où nous parvenons vers 18h, alors que le soleil se couche. On a frôlé la correctionnelle. Epuisés, nous nous couchons après avoir avalé une petite soupe.
02/07 : Descente et retour à Yungay. Vu la journée de la veille, on prolonge la nuit jusqu’à ce que le soleil vienne lécher notre tente (8h30). On tourne au ralenti et il est au moins 11h quand on se décide à lever le camp. Courte descente encordés du glacier (1/2h), puis on remet tout sur le sac, toujours aussi lourd. A midi, pause casse-croûte au C1 où l’on récupère quelques affaires laissées à la montée. La suite n’est qu’une rapide descente jusqu’à la route, d’abord très raide sur la moraine, puis plus douce à partir du CB. Patrick traîne un peu la pate, mais tout le monde arrive à bon port vers 15h. Nous nous postons au bord de la route en quête d’un véhicule. Au bout de 5’, un magnifique 4x4 passe en nous faisant signe qu’il n’a pas de place pour nous (alors qu’en se serrant…). Le deuxième véhicule arrive… 40’ plus tard. C’est un collectivo, et dans les collectivos, il y a toujours de la place ! En avant pour Yungay où nous arrivons une bonne heure plus tard. Une bonne douche à l’hôtel suivie d’un excellent dîner préparé par Rusula, et nous sommes presque prêts à repartir. Avant cela, nous faisons la connaissance de Pedro, le guide avec qui nous souhaitons aller à l’Alpamayo. Nous mettons au point quelques détails et décidons de nous revoir le lendemain pour peaufiner le tout. Pendant tout le dîner, nous sommes plongés dans la réflexion et la perplexité, Pedro nous ayant indiqué que la voie normale (Ferrari) ne se fait pas depuis 2 ans (pour cause d’énorme champignon de glace surplombant). Il ne nous reste plus qu’à nous attaquer à la voie française, soit 2 longueurs en neige à 60° suivies de 5 longueurs en glace à 70-80°. Chaud, chaud, chaud !!! Après moultes réflexions (surtout de Fred), nous décidons de refaire le point le lendemain avec Pedro, quitte à changer d’objectif.


Ascension du Quitaraju (6020m)

03/07 : Journée à Caraz. Lever tranquillou vers 8h. Bonne douche (on a trouvé l’eau chaude !!!), suivie d’un excellent petit dej’ (le yogurt 100% natural est toujours aussi bon). Objectif de la journée : appeler Pedro pour lui dire qu’on souhaite changer de programme et aller à Caraz récupérer des sous à la banque (on est à sec, Fred boit trop de bière). A peine a-t-on fini le petit dej’ que Pedro débarque. C’est l’occasion de faire le point avec lui et de troquer un Alpamayo pour un Quitaraju (son premier voisin, juste un peu plus haut mais un peu moins difficile). Vers 10h, nous prenons un collectivo qui nous amène en quelques minutes à Caraz (le chauffeur attaque fort), pour 1 sol / pers (ce serait dommage de s’en priver). De Yungay à Caraz, la vallée s’élargit et est occupée par de nombreuses productions agricoles (blé, maïs, pêchers, fleurs, artichauts…). Arrivés au centre de Caraz, nous nous mettons en quête d’une banque que nous trouvons rapidement. Voyant que nous avons du mal à nous en sortir, une préposée vient nous expliquer qu’il faut prendre un ticket et attendre que le n° s’affiche sur la télé qui diffuse en même temps une sorte de vidéo-gag qui défile en boucle. Après plusieurs tentatives (la Mastercard, c’est pas super !!!), nous finissons par récupérer quelques centaines de soles (Ouf nous allons pouvoir poursuivre notre périple !!!). Nous passons le reste de la journée à nous promener dans Caraz. J’en profite pour aller me faire raser (grave erreur, je dois être le premier client qui demande cela à la coiffeuse). Nous allons faire un tour au marché, immense et riche en couleurs et senteurs (on y trouve absolument de tout). Au détour d’une rue on tombe sur un cortège funèbre. Les gens n’ont pas l’air trop triste (bien au contraire) et la moitié du village s’y est donné RDV. 15h30, il fait chaud, aussi nous faisons une petite pause bistrot (bière pour tout le monde, sauf Patrick qui s’est mis au régime). A 17h nous rentrons sur Yungay où nous attend un excellent dîner préparé par Rusula (salade composée, poulet en sauce avec du riz et panqueque). Après le repas, les 2 petites filles de Rusula nous gratifient d’un spectacle de chant et de danse (plutôt rigolo).



04/07 : Montée à Llamacoral. Pedro est venu nous chercher vers 6h30. Nous partons vers Caraz à bord d’un collectivo rien que pour nous, ce qui remplit de joie Fred qui est en grande forme ce matin (il est prêt à tout bouffer). A Caraz, on troque le collectivo pour un taxi qui nous conduit à Cashapampa en 1h30. Là (chez Pedro), on retrouve Edwin, Ronald, Joselito et Ernesto, le muletier et les porteurs (jeunes et sympas). 9h30, nous partons pour 6 jours, par la vallée de Santa-Cruz. Le début de la vallée est très encaissé, parcouru par un torrent impétueux et regorgeant d’une flore extrêmement variée. La montée jusqu’à Llamacoral (3760m) se fait d’un bon pas. Nous y parvenons vers 13h, tandis que les mules (qui sont en réalité des ânes) nous rejoignent une 1/2h plus tard. Après un bon casse-croûte, l’AM se passe en douceur, à bouquiner et à faire la sieste. A 16h, le soleil passe derrière la crête et il commence à faire frais. Repli stratégique vers la tente où nous attaquons un whist tout en sirotant une petite bière, sans Patrick qui préfère bouquiner. Fred qui la charrie un peu s’entend répliquer : « Je laisse passer la locomotive de tes sarcasmes dans le tunnel de mon indifférence ». Magnifique !!! 16h58, 2° intervention de Patrick à l’intention de Fred : « Avec la branlée que tu prends aux cartes, tu ferais mieux de te mettre à lire !!! ». 18h, Pedro nous propose de partager leur soupe. Porque no ? Elle est excellente, avec des légumes variés et de la semoule. C’est quand même meilleur que les lyophs ! On enchaine sur un mélange de riz à la tomate et aux oignons, avec des frites et de la viande. Un petit chien, déjà vu à midi, est là pour grappiller quelques miettes et semble très copain avec Fred que nous surnommerons dorénavant « perroquito ». Un peu d’eau sur les dents et au lit.
05/07 : Montée au CB de l’Alpamayo. Départ vers 8h30. On continue à remonter la longue vallée de Santa-Cruz. Au bout de quelques dizaines de minutes, on atteint la Lagune Ichicocha, presque à sec mais véritable paradis pour les oiseaux. Elle est dominée à gauche par le Santa-Cruz (6241m) et l’Abasraju (5785m), à droite par les Caras E et O (6025m) d’où descendent de magnifiques cascades. Puis on passe devant la L. Jatuncocha, aux eaux d’un bleu intense. De là, on aperçoit le Quitaraju (notre objectif) et l’Artesonraju (6025m). Impressionnant !!! Suit une immense plaine, où paissent tranquillement vaches et chevaux, jusqu’au lieu-dit « Quishuar », sorte d’oasis arborée. Après une petite pause casse-croûte au bord de l’eau, nous repartons à midi par un sentier qui oblique rapidement vers le nord et monte en lacets très doux, vers le CB. Dès le 5° lacet, nous apercevons enfin l’Alpamayo et le Quitaraju, majestueux, mais ce n’est que le face O, attendons de voir la face E. Nous prenons rapidement 300m de dénivelée, même si depuis le matin nous sommes tous 3 plongés dans une sorte de léthargie. Un grand vallon suspendu nous permet de rejoindre le CB, situé à 4350m, au niveau d’une petite forêt de queñuales dominée par des sommets incroyables : Quitaraju, Alpamayo, Pucurashta, Pucajirca, Rinjirac, Curuicasharanra (le 1° qui arrive à prononcer la liste sans se tromper, gagne… toute notre considération), et dispense une vue fabuleuse sur l’Artesonraju (qui a des faux airs de Cervin). Vers 15h30, après avoir monté la tente et nous être reposés un peu nous montons (sans sac) à la L. Arhuaycocha (4500m), dans laquelle se déverse le glacier descendant du Pucajirca. 16h30, nous sommes de retour au camp, pour préparer les charges que devront se répartir les 3 porteurs. Pendant ce temps là, le cuistot prépare le dîner. Va y avoir du poulet !!! En effet, le pauvre volatile que nous trimbalions depuis le départ avec nous vient de passer de vie à trépas. Dîner sous les étoiles et au lit.

06/07 : Montée au C1. Bonne nuit, assez fraîche, malgré nos voisins autrichiens qui festoyaient juste à côté. Nous attendons le soleil avant de sortir de la tente (8h30). Aujourd’hui c’est le grand jour, celui ou nous allons enfin découvrir la face E de l’Alpamayo. Nous trions les affaires que nous laisserons au CB, sous la garde d’Edwin, le muletier. Nous partons vers 10h30, avec des sacs très légers (ça change du Chopicalqui), sous la conduite de Pedro. Ronald, Ernesto et Joselito nous suivent de peu avec leur lourd chargement. Il y a toujours un peu de gêne à se faire porter ses affaires, mais c’est la loi du genre. Nous remontons la raide moraine qui nous sépare du glacier, à un rythme de sénateurs. A 11h30, nous touchons le glacier et nous nous équipons en conséquence. Il est bien raide et au fur et à mesure, la progression devient de plus en plus lente. Vers 12h, alors qu’il a passé le début de la journée à charrier Patrick qui n’avançait pas très vite (« Buru, t’es foutu »), Fred nous fait un joli coulage de bielle. Il est dans un état second, ne sachant plus s’il a faim ou pas. Nous faisons alors une bonne pause qui lui permet de se refaire la cerise. Nous repartons au bout d’une 1/2h, et les choses ont l’air d’aller beaucoup mieux. Nous cheminons au milieu des crevasses (énormes) et sous les séracs. Peu avant le col, nous abordons la 1° difficulté, une pente de neige à 60° que nous remontons corde tendue. 100m plus haut, c’est la sortie sur le col, une longueur en neige et en glace, avec 10m à 70°. Faut se le gagner le C1 !!! En haut, c’est magique. L’Alpamayo est là, juste à côté, tel qu’on se l’imaginait, magnifique !!! Le camp se trouve quelques mètres plus bas, sur le rebord d’un énorme sérac. Nous dînons rapidement en attendant le coucher du soleil. Mitraillage photographique avant d’aller se coucher (on doit se lever à 1h du mat).

07/07 : Ascension du Quitaraju. 1h, la montre sonne. Dur, dur !!! 1h15, Fred commence à ouvrir un œil, et, le temps qu’il soit prêt (habillé, chaussé) il se passe une bonne 1/2h. Patrick s’habille à son tour pendant que Fred met le réchaud en route. Nous déjeunons succinctement et sortons de la tente afin de nous équiper. Nous partons enfin vers 3h. Il fait nuit noire et plutôt frisquet (nous avons rapidement les pieds et les mains à ½ gelés). La journée commence par un rappel (installé la veille par Pedro), pour rejoindre le glacier principal, 50m plus bas. De nuit, à la lueur de la frontale, c’est assez particulier, mais ça passe. Après une 1/2h de glacier plat, nous attaquons la face N du Quitaraju. Le début est relativement doux (30°), puis la pente se redresse sérieusement (40-45°). Après avoir traversé un pont de neige (délicat), nous prenons pied sur une petite arête qui descend directement du sommet. La pente se redresse encore (50-60°), pourtant nous progressons toujours à corde tendue, alors que nous croisons des pieux à neige sur lesquels nous aurions pu mettre quelques points (un peu branleur le Pedro !!!). Vers 7h nous sommes en vue du sommet (on n’a pas fait une seule pause). Pedro tire enfin une longueur qui nous amène, après avoir franchi une crevasse monstrueuse, 10m sous l’antécime. C’est quasiment gagné. Il ne nous reste plus qu’à suivre la trace faite la veille par les suisses (ceux du Chopicalqui), qui passe sur une arrête cornichée (très, très fine) et conduit au sommet (pas bien large). On est bien fatigués, pas très rassurés… mais heureux. Quelques photos de l’Alpamayo sur fond de mer de nuages et nous attaquons la descente. Nous voulons suivre l’arrête O (par laquelle les suisses sont montés). Je passe devant, suivi par Fred, Patrick et Pedro. Très vite, l’arête devient très fine, super aérienne et méga cornichée (Fred a le trouillomètre à zéro et Patrick et moi n’en menons pas beaucoup plus large). D’un commun accord, nous rebroussons chemin pour descendre en rappel la voie de montée. 8 rappels et quelques heures plus tard, nous nous retrouvons sur des pentes moins raides et finissons corde tendue jusqu’au camp que nous rejoignons en remontant la petite rampe descendue au petit matin, vers 14h, fourbus mais ravis. Une bonne soupe et à la sieste. 17h, nouvelle soupe, un lyoph et au lit.

08/07 : Descente à Llamacoral. Lever pénible à 8h30 à l’arrivée du soleil. Il fait frais. Il est 10h30 quand nous plions bagages. Le temps est mitigé. Premier puis deuxième rappel et au bout d’une heure nous sommes en bas du glacier. A 12h30 nous parvenons au CB où nous retrouvons Edwin. Une bonne bouteille d’Inca kola, une excellente salade (thon/tomates), une boîte de pâté et un peu de fromage nous permettent de nous requinquer. Une heure plus tard nous attaquons la longue descente jusqu’à Llamacoral où nous retrouvons nos repères (la place pour la tente et la petite bière d’avant dîner). On retrouve aussi perroquito (le chien, pas Fred) qui a bien grossi en quelques jours (le nombre de touristes a sensiblement augmenté). Après le dîner, partie de whist endiablée avec nos amis péruviens. Fred gagne la 1° partie et Joselito la 2°. Il est au moins 20h quand nous partons au lit.

09/07 : Descente à Cashapampa. Une fois de plus, nous attendons le soleil pour nous lever. Alors que nous commençons à plier le camp, Pedro m’appelle doucement, un peu piteux, pour m’expliquer qu’hier soir, après la partie de cartes, ils sont partis fêter l’anniversaire de Ronald (21 ans) et ont bu de la bière… mais pas trop !!! (en fait il est encore bien vasouillard). On les a à peine entendu. No pasa nada ! On part tranquillement vers 10h30. La descente se fait rapidement. Arrivés à Cashapampa, les suspicions de grève générale se confirment, pas le moindre véhicule qui circule pour nous descendre à Yungay. Nous en sommes quittes pour passer la journée sur place. Au programme, déjeuner en plein air avec un excellent « picante de conejo », une petite sieste et un long bain aux thermes de Huilcawayn. Nous trouvons une bassine déjà occupée par une famille de locaux. Ce bon bain dans une eau à 45°c fait vraiment du bien. Au moment de se rhabiller, Patrick déclenche une mini émeute auprès de la gent féminine lorsqu’il enlève son slip !!! Retour à Cashapampa et bon dîner servi par les parents de Pedro qui est parti faire la fête au village voisin. Nouvelle nuit sous la tente dans le jardin familial.