AS'PYR

Raid PO

Les conditions défavorables du moment nous ont quelque peu fait modifier notre plan initial. Le risque 4 annoncé nous fait opter finalement pour un démarrage au refuge des Bouillouses, dont le secteur avoisinant parait plat et par conséquent moins propice aux avalanches...




 

J1-La platitude du secteur se confirme très rapidement malgré une arrivée nocturne, de part les occupants du refuge. En effet nous nous retrouvons en compagnie de «tennismen et women» adeptes de la raquette, nous sommes une fois n’est pas coutume quasiment les seuls skieurs. D’ailleurs les projecteurs ne tardent pas à se braquer sur nous:

 

«Vous faites du ski? Vous allez où? Mais il n’est pas gardé le refuge? Ils doivent êtres très lourds vos sacs?...

 

Alain: Ah oui! Vraiment très lourds mais bon, on a l’habitude…»

 

Nous en profitons et crânons fièrement, surtout Alain... L’ambiance générale du refuge se confirme lorsque nous prenons conseil auprès du gardien:

 

« Le refuge des Bésines, demain? Ouh là! Risque 3-4-5-6-7… Ouh là là… C’est très dangereux….»

 

Pour se rassurer, nous faisons un dernier point meteo/nivologie et Alain qui n’en perd pas une pour frimer, me montre fièrement sur son super «smartphone» un superbe soleil prévu pour le lendemain, pas un souffle d’air, bref demain c’est bronzette…

 

J2-Le lendemain à l’aube : «tiens c’est bizarre ces nuages, ce doit être des restes…» Une petite heure plus tard lorsque nous prenons à gauche à l’embouchure du lac des Bouillouses en direction de la Portella de Grava nous sommes fraîchement accueillis par un vent soutenu du style 50-60km/h. Nous rangeons les crèmes solaires et autres ustensiles nécessaires aux conditions solaires et remontons complètement la fermeture de la veste, la tête bien au fond de la capuche que l’on n'enlèvera qu’à la cabane du Rouzet (déblayée par mes soins, quel exploiteur cet Alain!) pour la pause casse-croute et le soir au refuge. Du reste nous n’en verrons pas grand chose tant le relief est accroché, aussi je soupçonne Alain de ne pas bien maîtriser son «smartphone» et de m’avoir montré la météo de Tahiti ou autre île paradisiaque…

 

Pour couronner cette journée, nous ne sommes pas seuls au refuge, deux couples de skieurs originaires du coin ont eu la même idée que nous. Les conversations, au demeurant très cordiales nous semblent plus normales que la veille ce qui a passablement perturbé Alain qui n’a pu se mettre en avant comme il aurait voulu, de plus son smartphone ne capte plus…

 

J3-Le temps semble s’être calmé, nous prenons direction sud dans l’intention de tutoyer le puig Pedros. Pour cela il faut franchir la Portella Roja très esthétique. Mais lorsque nous l’avons en ligne de mire, notre regard est capté par un petit couloir sympathique globalement dans l’axe du sommet. Je prétexte qu’il serait dommage de porter les crampons durant tout le séjour sans les utiliser, etc… Il n’en fallait pas tant pour convaincre Alain. Couloir pas si petit que ça finalement, environ 400m mais qui débouche à tout juste 10m du sommet… La pente sommitale qui en descend est très alléchante mais balayée par les vents, elle mettra à mal nos petites cuisses.

 

Pour boucler la boucle, aux abords du lac de Lanos nous «repeautons» et mettons cap vers le col de Coma d'Anyel puis le puig de Lanos. Il est 17h, le crépuscule nous fait part de ses intentions et nous gratifie d’une de ces lumières presque irréelle de fin du monde. Moment magique qui est pour moi le point d’orgue de ce séjour. Descente sur du caviar jusqu’au refuge où nous attendent nos duvets pas chaud et nos lyophilisés, beurk! (sauf Alain qui aime ça)

 

J-4 Pour nous remettre de la course folle de la veille, tout de même 1000m, nous décidons d’une transition courte au refuge d’en Beys. La journée est belle nous profitons, nous nous arrêtons même au passage pour visiter une cabane que nous n’avions pas remarquée la veille et que j’ai encore déblayée… Décidément c’est la journée et lorsque nous arrivons au refuge, re-belote… seul le 1er étage est accessible par une échelle judicieusement disposée. Alain aura pitié de moi et viendra m’aider à dégager la porte d’entrée. C’est bon, ce coup-ci toutes les cabanes du coin sont dégagées… Mais le dur labeur n’est pas terminé pour autant, le refuge est équipé d’une cheminée, hélas aucune trace de combustible... Nous nous organisons donc en deux bataillons de un pour ramasser quelques branchages. Et c’est ainsi, au son du crépitement de l’aiguille de pin que nous disons «adieu» à 2013.

 

J-5 On s’habitue rapidement au beau temps, aussi la petite brise matinale (qui durera toute la journée en fait) est peu appréciée. Nous parviendrons tout de même à franchir le col de Lanos à l’itinéraire compliqué et l’ambiance assez austère. L’objectif du jour outre le retour à la voiture est en ligne de mire : le Carlit. La ventole soutenue sur les hauteurs du Carlit nous dissuadera de poursuivre jusqu’au sommet (faut dire y’en a plein le dos du vent, à croire qu’Éole a décidé de disputer la place à élios dont les habitants jouissent des largesses, référence au four solaire de Mt Louis). Malgré ça le calvaire continue à la descente où en plus d’une petite erreur d’itinéraire vite corrigée nous errons ski sur le dos sur les pierriers décapés par le vent à la recherche de la neige qui est partie plus loin et plus bas. Dommage, on avait oublié, en bas vers les Bouillouses il y a plein de lacs et c’est tout plat…

 

Fred 1er d'As'pyr